Quand le canada doit répondre ?
Depuis le Canada, Hicham Jerando ne se contente plus d’un discours polémique ou d’une opposition virulente. Lors de diffusions en direct les 26 et 27 février 2026 sur sa plateforme « Tahadi », il a appelé explicitement à cibler des responsables et des fonctionnaires publics à leur domicile, à désobéir aux autorités par la violence et à descendre dans la rue muni de tout objet susceptible d’être utilisé dans une confrontation.
Ce glissement est décisif. On ne parle plus d’une critique radicale, mais d’un appel explicite à la mise en danger de personnes identifiables. La menace de divulguer des informations privées dans un climat d’hostilité transforme la parole en instrument de pression, voire d’intimidation. L’histoire récente a montré, notamment avec les méthodes de l’État islamique et ses « listes de cibles » mentionnant noms et adresses de militaires américains, combien la diffusion de données personnelles peut devenir un prélude à la violence.
Le droit canadien ne laisse pourtant guère de place à l’ambiguïté : les menaces et l’incitation à des actes violents relèvent du pénal, y compris lorsqu’elles sont formulées en ligne. En juillet 2024, la police fédérale a annoncé des poursuites contre deux individus en Alberta pour avoir publié des menaces de mort contre le premier ministre Justin Trudeau sur les réseaux sociaux.

Dès lors, une question simple se pose : un État de droit peut-il se montrer inflexible lorsque ses propres institutions sont visées, et indulgent lorsque des appels comparables, lancés depuis son territoire, ciblent un autre pays ? La cohérence juridique et morale exige une réponse claire. Car tolérer l’usage du sol canadien comme plateforme d’incitation transnationale à la violence reviendrait à banaliser un seuil que toute démocratie affirme pourtant ne pas vouloir franchir. La défense des principes libéraux ne saurait se confondre avec l’indifférence à l’égard d’appels explicites à la violence et au ciblage personnalisé. C’est précisément dans ces zones de tension que se mesure la solidité d’un État de droit.