Coupe du monde 2030 : un Maroc déjà prêt mais une légitimité contestée par le récit

Depuis plusieurs semaines, une partie de la presse internationale multiplie les articles critiques visant le Maroc, sous des angles variés : sportifs, organisationnels, sociétaux ou éthiques, avec une convergence frappante, celle d’installer l’idée d’un pays structurellement incapable d’accueillir des événements sportifs majeurs. Derrière cette accumulation de récits négatifs se dessine un objectif politique implicite mais cohérent : fragiliser la crédibilité du Maroc en vue de la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal.

Sur le plan sportif, la CAN 2025 a servi de premier terrain d’attaque. Le Guardian, quotidien britannique de référence, a largement relayé les polémiques autour de la finale, évoquant un « chaos organisationnel », des décisions arbitrales controversées et des tensions diplomatiques entre fédérations africaines. Le journal a insisté sur l’attitude de la Fédération marocaine, présentée comme procédurière et conflictuelle, évoquant même des menaces de recours juridiques auprès de la CAF et de la FIFA. D’autres médias anglo-saxons ont repris cette grille de lecture, transformant des incidents classiques de compétition en symptômes d’un système supposément dysfonctionnel.

Parallèlement, un second front médiatique s’est ouvert sur la question du traitement des animaux errants. Des médias français comme France24 ou Le Parisien ont publié des articles accusant le Maroc de mener des campagnes d’abattage massif de chiens dans la perspective de la CAN 2025 et surtout de la Coupe du monde 2030. Ces récits ont été amplifiés par l’AFP, puis repris dans des titres internationaux comme CNN, Taipei Times ou Middle East Eye. Les termes utilisés : « tueries », « méthodes barbares », « criminalisation de la compassion », relèvent davantage du registre émotionnel que de l’enquête factuelle, mais leur efficacité symbolique est redoutable : associer l’image du Maroc à une violence institutionnalisée, incompatible avec les standards éthiques occidentaux.

Un troisième axe critique concerne les choix budgétaires et sociaux. Plusieurs médias européens ont relayé l’idée que le Maroc privilégierait les infrastructures sportives au détriment de la santé, de l’éducation ou de l’emploi. Des articles publiés notamment dans El País en Espagne et repris par d’autres plateformes décrivent un pays « obsédé par le prestige sportif » alors que subsistent des poches de pauvreté et des déficits sociaux. Là encore, le discours n’est pas nouveau, mais il est systématiquement réactivé dès qu’il s’agit de grands événements internationaux.

Ce qui frappe dans cette séquence médiatique, ce n’est pas la nature des critiques en elles-mêmes puisqu’aucun pays organisateur n’y échappe, mais leur synchronisation, leur intensité et leur convergence narrative. Sport défaillant, société brutale, gouvernance contestable : les trois registres se renforcent mutuellement pour produire un même message implicite. Le Maroc serait un pays instable, autoritaire, mal préparé et moralement incompatible avec l’image d’une Coupe du monde « moderne ».

En Espagne, cette dynamique prend une dimension particulière. El País, Marca ou encore certains chroniqueurs de la Cadena SER ont commencé à évoquer, de manière de plus en plus explicite, la « fragilité » du dossier marocain dans l’organisation de 2030. Officiellement, il s’agit de « débats légitimes » sur les standards logistiques et humains. Officieusement, se dessine une inquiétude croissante : la montée en puissance du Maroc dans le football mondial redistribue les rapports de force symboliques, au détriment du leadership historique espagnol.

Dans ce contexte, l’hypothèse d’une stratégie indirecte devient crédible : créer un climat médiatique défavorable afin de préparer l’opinion internationale à une éventuelle remise en cause du rôle du Maroc en 2030. Aucun acteur ne formule ouvertement cette intention, mais la logique est claire. Si le Maroc est perçu comme problématique, polémique, voire toxique en termes d’image, il devient plus facile pour des instances sportives ou politiques de justifier un rééquilibrage, voire une marginalisation de sa participation.

Autrement dit, la bataille ne se joue pas seulement sur les stades ou les infrastructures, mais sur le terrain narratif. Et dans cette guerre de récits, les articles négatifs, même disparates, fonctionnent comme des pièces d’un même puzzle : affaiblir la légitimité du Maroc comme acteur central du football mondial, pour, à terme, contester son droit à coorganiser la Coupe du monde 2030.

En miroir de cette offensive médiatique, les faits objectifs racontent pourtant une tout autre histoire. Contrairement au récit d’un pays improvisant à la dernière minute, le Maroc est aujourd’hui l’un des rares États du Sud global à disposer déjà, en amont, d’une grande partie des infrastructures exigées par la FIFA pour une Coupe du monde moderne. Ce décalage entre la réalité matérielle et le discours médiatique interroge : si le Maroc était réellement « en retard », pourquoi serait-il en mesure d’accueillir dès aujourd’hui des compétitions de niveau mondial sans transformation structurelle majeure ?

Sur le plan des stades, le Royaume dispose déjà de plusieurs enceintes conformes ou aisément adaptables aux standards internationaux : le complexe Mohammed V à Casablanca, le stade Ibn Batouta à Tanger, le Grand Stade de Marrakech, le stade Adrar d’Agadir, le complexe Moulay Abdellah à Rabat ou encore le futur Grand Stade de Benslimane, conçu spécifiquement pour répondre au cahier des charges FIFA. Contrairement à de nombreux pays hôtes précédents, le Maroc n’a pas besoin de construire ex nihilo un parc sportif : il s’agit principalement de mises à niveau technologiques, logistiques et sécuritaires, pas d’un chantier civilisationnel.

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