Hicham Jerando dans une escalade extrémiste: appels à la violence, au sabotage et au ciblage de responsables publics à leur domicile

En l’espace de quarante-huit heures, Hicham Jerando a fait basculer son discours dans une séquence d’une gravité particulière. Lors de deux directs diffusés les 26 et 27 février 2026, sur sa page Facebook (tahadi.info), il n’a pas seulement multiplié les provocations ou les outrances verbales.

Il a publiquement assumé un discours d’incitation visant des responsables de l’État, des fonctionnaires et, plus largement, l’autorité publique, en mêlant menace nominative, logique de représailles, appel à la confrontation violente et exhortation à la désobéissance contre les obligations légales les plus élémentaires.

Le 26 février, Jerando a ouvertement évoqué la possibilité de cibler des responsables et des agents publics en s’appuyant sur leurs données personnelles. Il a affirmé disposer d’adresses et d’informations privées, tout en renvoyant son audience vers les archives de ses propres plateformes, où figureraient, selon lui, les noms et coordonnées de personnes qu’il présente comme des cibles légitimes de vengeance.

Le propos ne relevait plus du simple dénigrement. Il s’inscrivait dans une mécanique de désignation, d’exposition et de mise en danger, aggravée par un flot d’injures, d’accusations infamantes et de procédés de déshumanisation dirigés contre les personnes visées.

Ce mode opératoire rappelle les schémas déjà observés dans les rhétoriques extrémistes qui transforment l’information personnelle en levier de menace ou de passage à l’acte. Lorsqu’une adresse, un nom ou une identité professionnelle sont mobilisés dans un discours de haine pour désigner quelqu’un à la vindicte, la donnée n’est plus neutre : elle devient un instrument de pression, d’intimidation et, potentiellement, de violence. C’est précisément ce qui confère à cette séquence une portée qui dépasse de loin le registre de la polémique politique ou de la diffamation classique.

Le lendemain, le 27 février, Jerando a encore durci le ton. Dans un nouveau direct, il a appelé à une confrontation ouverte dans la rue, encourageant ses partisans à se munir de ce qu’ils peuvent emporter pour participer à l’affrontement.

Il ne s’est pas contenté d’un appel flou à la colère ou à la protestation. Il a formulé un discours assumé sur la nécessité de recourir à des actions de sabotage, à la violence de rue et à l’affrontement avec les forces publiques, en présentant cette escalade comme un moyen d’en finir avec le régime monarchique. Dans le même mouvement, il a également appelé au refus de s’acquitter des impôts, amendes et autres obligations légales dues à la collectivité.

Pris ensemble, ces deux directs dessinent une évolution nette. Il ne s’agit plus d’une posture outrancière isolée ni d’un épisode de surenchère verbale. Ce qui apparaît, c’est une séquence cohérente dans laquelle s’articulent exposition de cibles, appel aux représailles, banalisation de la violence et encouragement explicite à l’insoumission contre l’ordre public.

Cette dynamique est d’autant plus préoccupante qu’elle ne surgit pas de nulle part. Elle prolonge une série de prises de parole antérieures dans lesquelles Jerando avait déjà mis en circulation des appels à la violence, évoqué le recours à la force contre des responsables et légitimé, dans certains cas, la destruction de biens publics ou le saccage d’administrations.

Le point le plus alarmant réside sans doute dans le fait que l’intéressé ne se présente plus seulement comme un agitateur numérique en quête de visibilité. Il dit désormais, en substance, faire de cette logique de confrontation son horizon principal.

Le passage d’un discours de simple incitation à l’affirmation d’une disponibilité pour l’action, l’organisation ou l’agrégation de comportements violents constitue une rupture majeure. Lorsqu’un tel discours est diffusé de manière répétée, assumée et structurée depuis l’étranger, il prend la forme d’une entreprise de déstabilisation qui excède clairement le cadre de la contestation politique.

Cette dimension transnationale ne peut pas être ignorée. Car ces appels sont émis depuis le territoire canadien, ce qui pose inévitablement la question de la responsabilité des autorités compétentes face à un individu qui utilise un espace démocratique étranger comme base de diffusion d’appels à la violence dirigés contre un autre État, ses institutions, ses agents et sa stabilité. La question n’est plus celle d’une opinion radicale ou d’une hostilité politique virulente. Elle est celle d’un discours public qui associe désignation de personnes, exposition de données privées, justification de représailles, appel à la rue violente et encouragement à la rupture avec la légalité.

L’ensemble révèle au passage une contradiction saisissante. Lorsqu’il s’agit du Maroc, Jerando appelle au refus des lois, à la désobéissance et à l’affrontement avec l’autorité. Mais lorsque ses propres intérêts ont été engagés devant la justice canadienne, il a dû, lui, se soumettre à la rigueur des décisions judiciaires, notamment dans des procédures liées au non-respect d’ordonnances de justice.

Autrement dit, celui qui prône aujourd’hui la rupture avec l’ordre légal contre son pays d’origine a accepté, sous contrainte, l’autorité de l’État de droit dans son pays de résidence. Ce contraste ne relève pas de l’anecdote : il éclaire une logique profondément opportuniste du rapport à la loi, invoquée ou rejetée selon le terrain et selon l’intérêt du moment.

Au fond, la séquence des 26 et 27 février 2026 marque un changement d’échelle. Elle montre un individu qui ne se contente plus de diffamer, d’invectiver ou de provoquer, mais qui installe publiquement un imaginaire de violence dirigé contre des personnes identifiables, les forces publiques et l’architecture même de l’État.

À partir de là, il devient de plus en plus difficile de réduire ces propos à des excès de langage ou à une agitation numérique sans conséquence. Ce qui se dessine est une trajectoire d’incitation structurée, répétée et de plus en plus explicite, dont la gravité tient autant au contenu des appels lancés qu’au sentiment d’impunité qui semble les accompagner.

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