France-Maroc : la réconciliation sous les projecteurs d’une presse obsédée
Alors que Paris et Rabat s’engagent dans une phase inédite de rapprochement diplomatique, la France semble prise d’une frénésie soudaine et suspecte à l’égard du Maroc. Le documentaire « Je t’aime moi non plus : France-Maroc », diffusé sur France 5, en est l’illustration parfaite.
Visionné hier, la première remarque qu’il n’apporte strictement rien de nouveau : du rabâché, de l’insipide, une bouillie sans saveur concoctée par une équipe de journalistes dits « d’investigation » qui peinent à masquer leur médiocrité. Un exercice de remplissage qui aurait pu être réalisé il y a dix ans sans que personne ne remarque la différence.
Mais ce n’est pas un cas isolé. Depuis quelques mois, le Maroc fait l’objet d’un véritable matraquage médiatique et éditorial en France. Outre ce documentaire, deux livres paraissent presque simultanément, tous deux animés d’une fixation obsessionnelle sur la monarchie marocaine. Le premier, « Mohammed VI, le mystère », sorti en janvier 2026. Le second, « Le Roman d’un Roi », doit sortir en mai 2026 et n’est, selon toute vraisemblance, qu’un simple réchauffé des articles publiés par Le Monde en août 2025. On recycle, on reformate, on vend du « scoop » qui n’en est pas un.
Ce foisonnement soudain – documentaire, livres, articles – ne peut être compris hors du contexte politique actuel. Paris et Rabat sont en pleine réconciliation. Un traité bilatéral inédit est en préparation : il s’agirait du premier du genre conclu par la France avec un pays non européen. Le projet a été confié à un comité de onze membres, supervisé côté français par l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. La première version du texte pourrait être remise dès le mois de mai, juste avant la visite d’État du souverain en France.
C’est précisément dans ce moment de rapprochement stratégique que surgit cette vague de contenus critiques, souvent hostiles, toujours focalisés sur la personne du Roi et les institutions marocaines. On est en droit de s’interroger : s’agit-il d’une simple coïncidence ou d’un travail en sous-marin mené par certains milieux français en coordination tacite avec des cercles de l’État ? La question mérite d’être posée clairement. Car lorsque la France officielle multiplie les gestes de bonne volonté diplomatique tout en laissant prospérer une production médiatique qui ressemble fort à un exercice de pression, on frôle le chantage larvé.
Le cas le plus flagrant reste celui du Sahara. Dans le documentaire de France 5, le Maroc est présenté amputé de son Sahara, comme si la question n’était toujours pas tranchée. Or, le Parlement français a reconnu, sans ambiguïté et à une large majorité, la marocanité du Sahara. Comment un média de service public peut-il encore diffuser une carte tronquée, contraire à la position officielle de la France ? C’est non seulement inexact, c’est provocateur.
La France officielle aurait tout intérêt à mettre de l’ordre dans ses rangs. Cette schizophrénie – réconciliation publique d’un côté, harcèlement médiatique et éditorial de l’autre – devient pitoyable. Elle révèle une incapacité chronique à accepter que le Maroc ait changé de statut : partenaire respecté, souverain dans ses choix, maître de son destin. Les temps où Paris pouvait dicter, influencer ou intimider sont révolus.
Le rapprochement franco-marocain est une chance historique pour les deux pays. Il serait regrettable qu’il soit saboté par des milieux nostalgiques d’une autre époque, incapables de comprendre que le Maroc d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier.
Le Royaume n’a pas besoin de leçons. Il a simplement besoin que la France, si elle veut vraiment tourner la page, arrête de jouer double jeu. La balle est désormais dans le camp de Paris.