Think tank canadien: le Canada ne peut pas bâtir une stratégie africaine crédible sans le Maroc, et la coopération sécuritaire et judiciaire devient une nécessité urgente

La plateforme Open Canada, rattachée au centre de réflexion canadien Canadian International Council (CIC), a estimé que le Canada ne peut pas bâtir une stratégie africaine crédible sans le Maroc comme partenaire pivot sur le continent, à la lumière de l’évolution récente de la position d’Ottawa sur la question du Sahara marocain.

Cette analyse figure dans un article du journaliste canadien Daniel Robson, publié sur la plateforme sous le titre « Canada Cannot Build a Credible Africa Strategy Without Morocco » (« Le Canada ne peut pas bâtir une stratégie africaine crédible sans le Maroc »).

L’article établit un lien entre le nouveau positionnement canadien sur la question du Sahara marocain et la nécessité de repenser l’approche d’Ottawa envers l’Afrique sur la base de partenariats dotés d’un véritable poids stratégique, et non d’un simple élargissement général de la présence diplomatique et institutionnelle canadienne.

Robson rappelle à cet égard qu’Ottawa a reconnu l’importance de la question du Sahara pour le Maroc, pris note de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, et reconnu l’initiative marocaine d’autonomie comme base d’une solution acceptable par les parties, ainsi que comme une proposition « sérieuse et crédible ».

L’article présente le Maroc comme un État pivot pour le Canada, en raison de son positionnement à l’intersection des espaces atlantique et méditerranéen, de l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que de ses connexions avec les réseaux politiques et sécuritaires européens. Il relève que plusieurs partenaires occidentaux, parmi lesquels les États-Unis, la France et l’Union européenne, traitent déjà le Maroc comme un acteur stratégique multidimensionnel, à la fois dans les domaines de la sécurité, du commerce, de la diplomatie et de la politique numérique.

L’article met particulièrement en avant l’importance du modèle sécuritaire marocain pour le Canada, en soulignant que le Maroc combine collecte du renseignement, détection précoce des menaces, partage transfrontalier d’informations et coopération opérationnelle entre l’Afrique du Nord, le Sahel, l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.

Selon Robson, ce positionnement offre au Canada une meilleure capacité de lecture des menaces transrégionales imbriquées, dans un contexte où les enjeux liés au terrorisme, au crime organisé, aux menaces numériques et à la migration irrégulière ne peuvent plus être traités séparément.

L’article appelle également à un approfondissement de la coopération canado-marocaine dans les domaines de la sécurité et de la justice, à travers un dialogue permanent couvrant le crime organisé, la cybercriminalité, le financement du terrorisme, les réseaux de trafic, la coordination judiciaire et la coopération en matière d’enquêtes. Il souligne que les partenariats stratégiques solides ne se construisent pas uniquement au niveau diplomatique, mais aussi à travers les services de sécurité, les parquets, les autorités douanières, les organismes de régulation et les canaux de coopération judiciaire.

Sur le plan économique, l’article rappelle que le Canada a déjà identifié le Maroc comme une porte d’entrée vers les marchés d’Afrique du Nord et de la Méditerranée, alors que le dossier du libre-échange entre les deux pays demeure inactif.

Robson propose de transformer la nouvelle ouverture diplomatique en véritable carte d’investissement couvrant les services miniers, les technologies propres, les infrastructures numériques, l’éducation, la gestion de l’eau, la logistique et la décarbonation industrielle.

L’article consacre aussi une place importante aux provinces du Sud du Royaume, qu’il présente comme un espace nécessitant une réflexion stratégique particulière de la part du Canada. Ces provinces ne constituent pas simplement un marché régional au sein du Maroc, mais un espace où se croisent souveraineté, infrastructures, accès atlantique, intégration régionale et corridors commerciaux liés au Sahel et à l’Afrique de l’Ouest.

L’article conclut que le Canada se trouve devant un choix clair : traiter le Maroc comme un véritable pilier de sa stratégie africaine, ou laisser une nouvelle opportunité stratégique s’arrêter au stade du discours, sans traduction concrète.

Bouton retour en haut de la page