L’Affaire Pegasus et le Mythe de la Vertu : De Qui Se Moque-t-On ?

Selon la narration bien rodée de Forbidden Stories et certains médias francais, la France aurait frôlé la ligne rouge en 2020 en envisageant l’achat du sulfureux logiciel espion israélien Pegasus, avant que l’Élysée ne siffle la fin de la récréation. Le motif officiel ? La « souveraineté technologique » et le « risque réputationnel ». Une belle fable qui donne le beau rôle au sommet de l’État, dépeint en chevalier blanc de la déontologie numérique. Mais à y regarder de plus près, cette version angélique relève d’une hypocrisie monumentale.
On voudrait donc nous faire verser une larme d’admiration face à cette France prétendument soucieuse des règles, qui, par grandeur d’âme, aurait refusé de s’abaisser aux pratiques barbares de l’espionnage intrusif. C’est une histoire parfaite pour rassurer le grand public, mais elle insulte l’intelligence de quiconque s’intéresse un tant soit peu à la géopolitique et à la sécurité d’État.
Faut-il le rappeler avec cynisme ? Si l’État français n’a pas acheté Pegasus, ce n’est certainement pas par excès de pureté morale. C’est tout simplement parce qu’il a opté pour d’autres outils, tout aussi redoutables, mais plus discrets ou contrôlables.
Il y a une naïveté fascinante à feindre la surprise face aux méthodes des services de renseignement. Que croient ceux qui s’offusquent ? Que les agents de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) ou de la Sécurité Extérieure (DGSE) passent leurs journées à organiser des surprises-parties et des soirées dansantes ?
Leur mission même, par définition, est l’espionnage, l’infiltration, l’entrave et l’acquisition de renseignements critiques. Dans un monde où les menaces (terrorisme, ingérence étrangère, espionnage industriel) sont massivement numérisées, l’idée que les services se priveraient des technologies d’interception de pointe pour des questions de « réputation » fait doucement sourire. Un service de renseignement qui n’espionne pas les téléphones des cibles d’intérêt n’est pas un service éthique ; c’est un service incompétent.
Au final, dresser des lauriers à l’exécutif pour avoir évité l’achat d’une marque de logiciel espion tout en ignorant l’arsenal qui tourne à plein régime dans l’ombre relève au mieux de l’aveuglement, au pire de la propagande. La guerre de l’information et du renseignement ne s’encombre pas de bons sentiments. Il serait temps que Forbidden Stories et ses chiens cessent de nous prendre pour des enfants de chœur.