Le lourd tribut payé par les forces marocaines à Sebta et Melilla : plus de 100 policiers blessés et un accompagnement psychologique, face au laxisme espagnol

Des données officielles émanant des services de santé de la Sûreté nationale révèlent le lourd bilan humain des opérations menées pour contenir les tentatives de franchissement collectif vers Sebta et Melilla occupées. La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a assuré la prise en charge médicale, sanitaire et psychologique de 107 fonctionnaires de police blessés lors des affrontements qui ont accompagné les récentes vagues de passages en force.

Selon un responsable des services de santé de la Sûreté nationale, les blessés comprennent 89 policiers relevant de la préfecture de police de Tétouan, 17 fonctionnaires de la sûreté régionale de Nador et un fonctionnaire relevant de la préfecture de police de Tanger. Les blessures, de gravité variable, comprennent notamment des fractures au niveau des membres et de la tête, des ecchymoses, des contusions corporelles ainsi que des plaies graves ayant nécessité des soins et une prise en charge médicale.

Mais l’aspect le plus préoccupant de ce bilan ne réside pas seulement dans le nombre de blessés ou dans la nature de leurs lésions. Les mêmes données indiquent que certains policiers blessés continuent de bénéficier d’un accompagnement et d’un soutien psychologiques après la détection de troubles consécutifs aux traumatismes subis pendant les événements. Un élément particulièrement important, qui montre que le coût de ces affrontements s’est prolongé bien au-delà de la fin des confrontations sur le terrain.

La prise en charge psychologique assurée par la DGSN témoigne d’une réelle conscience institutionnelle de l’importance d’assurer une attention globale à ses fonctionnaires et de ne pas réduire les conséquences de telles confrontations aux seules blessures physiques visibles. La détection précoce des troubles liés aux traumatismes et la mise en place d’un accompagnement spécialisé pour les agents concernés illustrent le souci de l’institution de préserver leur équilibre psychologique et de les aider à retrouver leur stabilité ainsi que leur pleine aptitude professionnelle après des conditions d’intervention exceptionnelles et particulièrement éprouvantes.

Ces chiffres mettent également en évidence l’une des principales failles du récit relayé par une partie des médias espagnols durant la crise. Plusieurs organes de presse et figures médiatiques espagnols ont multiplié les accusations de « laxisme » contre le Maroc, lui reprochant de ne pas être suffisamment intervenu pour empêcher les vagues de franchissement. Dans le même temps, ils ont pratiquement évacué du débat le nombre de blessés dans les rangs des forces marocaines, la nature de leurs blessures, les dégâts subis par leurs équipements et même le fait que certains agents continuent de bénéficier d’un accompagnement psychologique.

Cet élément est loin d’être secondaire pour comprendre ce qui s’est réellement passé. La seule présentation de ces données rend difficilement soutenable l’image d’un pays qui serait resté « spectateur » face aux vagues migratoires. Plus d’une centaine de fonctionnaires de police blessés, dont certains souffrant de fractures et de blessures graves, ainsi que des agents nécessitant encore un soutien psychologique après les traumatismes subis, sont difficilement compatibles avec le récit d’un dispositif qui ne serait pas intervenu ou aurait laissé la frontière sans réaction.

Les pertes matérielles donnent elles aussi la mesure de la pression supportée par les forces marocaines. Selon les rapports sécuritaires, les affrontements survenus au cours des deux premiers jours des tentatives de franchissement collectif ont conduit à l’incendie ou à la dégradation de 26 véhicules appartenant aux forces de sécurité, dont 18 à Fnideq et huit à Nador. Ces dégâts s’ajoutent aux jets de pierres, aux incendies volontaires et aux actes de dégradation qui ont accompagné certaines tentatives de forcer les dispositifs de sécurité.

C’est ici qu’apparaît la contradiction que de larges pans des médias espagnols ont évité de placer au cœur du débat. Alors que les forces marocaines ont enregistré un tel bilan humain et matériel, aucun bilan comparable n’a été annoncé dans les rangs des forces de sécurité espagnoles et de la Guardia Civil au cours des mêmes événements.

Cet écart entre les deux côtés modifie profondément la lecture de la crise. Le pays accusé par certains médias espagnols de « laxisme » est précisément celui dont les forces ont été directement au contact des vagues de franchissement, enregistrant plus d’une centaine de blessés et d’importants dégâts logistiques, tandis qu’aucun bilan humain comparable n’est apparu du côté espagnol.

Il devient dès lors difficile de dissocier l’occultation des blessures subies par les forces marocaines de la manière dont une partie des médias espagnols a construit son récit de la crise. Reconnaître l’ampleur de ces blessures aurait nécessairement conduit à poser une question peu compatible avec la thèse du « relâchement marocain », celle de savoir qui se trouvait réellement en première ligne et qui a supporté l’essentiel de la charge pour empêcher les vagues collectives d’atteindre les clôtures et les points de passage frontaliers.

La contradiction devient encore plus nette lorsque l’on prend en compte les alertes antérieures concernant le risque d’une intensification des tentatives de franchissement. Alors que les signes sur le terrain avaient précédé la vague, que les appels diffusés en ligne se multipliaient et que les rassemblements prenaient de l’ampleur, la question ne porte plus sur une prétendue absence de réaction marocaine, mais sur le degré de préparation des autorités espagnoles elles-mêmes face à une crise dont les signes avant-coureurs s’accumulaient avant son déclenchement.

C’est à ce niveau que s’inverse la logique accusatoire qui a marqué une part importante de la couverture médiatique espagnole. Plutôt que de demander des comptes à Rabat pour un prétendu « laxisme », les faits conduisent à interroger Madrid sur son niveau d’anticipation et de préparation, ainsi que sur les raisons pour lesquelles les alertes préalables ne se sont pas traduites par un dispositif sur le terrain à la hauteur des risques annoncés.

Plus révélateur encore, le discours médiatique espagnol, particulièrement prolixe lorsqu’il s’agissait de mettre en cause la responsabilité du Maroc, n’a pas accordé la même place à une question pourtant élémentaire. Qui a réellement payé le prix des opérations destinées à empêcher les passages en force ? Si les forces marocaines étaient véritablement restées à l’écart des confrontations, comment expliquer les 107 policiers blessés, les fractures et les plaies, les troubles nécessitant un accompagnement psychologique ainsi que les dizaines de véhicules incendiés ou endommagés ?

Le bilan des blessés dépasse ainsi largement le cadre d’un simple dossier sanitaire ou social interne à l’institution sécuritaire marocaine. Il constitue un élément concret de terrain qui remet les responsabilités en perspective et révèle l’écart entre les faits et le récit qu’une partie des médias espagnols a tenté d’imposer autour de cette crise.

Le soutien psychologique assuré à certains des blessés donne par ailleurs une dimension plus profonde encore à ce bilan. Les affrontements n’ont pas seulement laissé des blessures visibles. Ils ont également provoqué chez certains agents des séquelles psychologiques ayant nécessité un suivi spécialisé après la fin des opérations. Le coût réel de ces événements ne se mesure donc pas seulement au nombre d’ambulances mobilisées ou aux jours d’incapacité médicale, mais également aux effets susceptibles de se prolonger après le retour du policier à son poste et à sa vie quotidienne.

Ces chiffres placent ainsi le récit du « laxisme marocain » face à des faits qui le contredisent frontalement. Le côté marocain a supporté plus d’une centaine de blessés, d’importants dégâts matériels et des conséquences psychologiques, alors qu’aucun bilan comparable n’a été enregistré dans les rangs des forces espagnoles. Une contradiction qui déplace le débat des accusations visant Rabat vers le niveau de préparation de Madrid et sa réaction aux alertes antérieures, tout en éclairant les raisons pour lesquelles le prix payé par les forces de sécurité marocaines est resté largement absent d’une partie de la couverture médiatique espagnole.

Bouton retour en haut de la page