Une liste présentée comme celle de la DGSN-DGST : plusieurs éléments invitent à la prudence

Depuis plusieurs jours, une liste présentée sur les réseaux sociaux comme provenant de la DGSN et de la DGST circule largement. Le document, qui comporte notamment des noms, des suites de chiffres et de lettres ainsi que des abréviations, est présenté comme une extraction d’une base de données de membres des services de sécurité.

Mais l’authenticité d’un document ne peut pas être établie par son apparence. Et plusieurs éléments invitent précisément à la prudence. À première vue, le tableau paraît crédible : noms écrits en majuscules, colonnes numérotées, longues suites alphanumériques et abréviations apparemment techniques.

Or, ces éléments sont extrêmement faciles à reproduire avec un simple tableur. Il suffit de quelques minutes pour créer un tableau comportant plusieurs centaines de lignes et de lui donner l’apparence d’une extraction informatique. La présence d’un numéro, d’un matricule apparent ou d’un code composé de lettres et de chiffres ne permet donc pas, à elle seule, d’établir l’origine du fichier.

Plus encore, lorsqu’un document prétend contenir des données extrêmement sensibles, la question essentielle n’est pas de savoir s’il « ressemble » à une base de données, mais de déterminer si son contenu peut être vérifié indépendamment.
Une démonstration simple :

Dans le document de « Jabaroot » il est question des stars de l’équipe nationale Achraf Hakimi et des frères Amrabat comme éventuelles recrues du pôle DGSN-DGST, rien que ça

Depuis leurs succès en Coupe du monde et leurs prouesses en clubs, nos footballeurs nationaux auraient hérité, non seulement d’une aura internationale auprès de millions de footix, mais de grades de la DGSN… probablement pour défendre au mieux les couleurs nationales.

Mais trêve de plaisanterie. La méthode est donc particulièrement trompeuse : le lecteur voit un nom réel associé à un identifiant qui paraît technique et peut être conduit à considérer l’ensemble comme authentique, alors que l’association entre le nom et l’identifiant n’a jamais été établie.

Le pôle DGSN-DGST vient de publier un communiqué dans lequel il dément toute intrusion dans ses bases de données, .lesquelles ne sont, d’ailleurs, même pas connectées à Internet

Ce démenti devrait pourtant inciter certains à davantage de prudence. Il est pour le moins surprenant de voir certains médias espagnols, français et des youtubeurs reprendre ces listes comme des documents authentifiés, avant d’aller jusqu’à confectionner, à partir de simples noms et de données invérifiables, de prétendues « fiches personnelles de renseignement » qu’ils présentent ensuite à leur audience comme des documents officiels. Ils semblent oublier qu’on ne vérifie pas une fuite en fabriquant, à partir de celle-ci, de nouveaux documents censés en confirmer l’authenticité. La désinformation a de beaux jours devant elle…

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