Gestion migratoire à Sebta : Quand les contradictions de la justice espagnole compliquent l’équation

Alors que l’espagne et le maroc avaient convenu le rapatriement de l’ensemble des immigrés entrés illégalement à sebta occupée, voilà que les juges espagnols, soutenus par l’Association professionnelle de la magistrature, rejettent les refus en masse des demandes d’asile et rappellent que celles-ci doivent être examinées de manière individualisée.
Cette décision, rendue publique ce dimanche, intervient deux semaines après l’afflux massif de dizaines de milliers de personnes qui a placé l’enclave sous une pression humanitaire et sécuritaire sans précédent.
L’accord bilatéral était clair : aucun des entrants irréguliers ne devait être régularisé, et tous devaient être renvoyés rapidement vers le maroc. Pourtant, en imposant un traitement « cas par cas », la magistrature espagnole ouvre la porte à des procédures qui s’éterniseront pendant des mois, maintenant sur place des milliers de migrants et transformant une crise temporaire en un problème structurel.
Il faut comprendre que certains milieux en Espagne tentent de faire perdurer cette crise migratoire pour l’instrumentaliser politiquement. En multipliant les obstacles juridiques aux expulsions collectives, ils compliquent délibérément la tâche des autorités marocaines à la frontière.
Pendant que rabat mobilise à chaque fois des milliers d’éléments des forces de l’ordre pour contenir les départs et assurer la coopération sécuritaire, madrid laisse se développer un effet d’aubaine : les migrants, informés que leurs demandes d’asile ne pourront être rejetées en bloc, sont encouragés à tenter le passage.
Ces faits confirment pleinement les propos du ministre de la Justice marocain, Abdellatif Ouahbi. Celui-ci avait critiqué les contradictions de Madrid dans la gestion des migrants et accusé la justice espagnole d’instrumentalisation politique. « Nous empêchons les sorties, mais lorsqu’ils arrivent en Espagne, ils sont acceptés et leur situation est régularisée », avait-il résumé, soulignant l’incohérence d’une politique qui demande au maroc d’agir comme gendarme tout en facilitant, de l’autre côté, le séjour des arrivants.
D’aucuns avaient critiqué et raillé ces déclarations. Les événements récents ont démontré qu’il avait raison : les autorités espagnoles, par le biais de leur appareil judiciaire, compliquent la tâche des autorités marocaines et entretiennent la pression à la frontière.
Le Maroc ne doit pas continuer à jouer le gendarme de l’Espagne. Mobiliser en permanence des ressources humaines et matérielles considérables pour protéger une frontière dont l’autre côté facilite, de facto, la tâche des migrants, n’est ni durable ni équitable.
Une coopération authentique exige de la cohérence : soit les deux pays organisent ensemble des flux maîtrisés et des retours effectifs, soit Rabat cesse de supporter seul le coût sécuritaire d’une politique migratoire espagnole marquée par l’ambiguïté et les calculs politiques.
La crise de sebta a mis en lumière ces dysfonctionnements. Il appartient désormais au Maroc de tirer les leçons et de refuser de rester le seul garant d’une stabilité que certains, à madrid, semblent prêts à sacrifier sur l’autel de leurs agendas internes.