Le deux poids, deux mesures des contempteurs de la normalisation

Ils dénoncent avec virulence la normalisation entre Rabat et Tel-Aviv, mais leur silence face aux attaques visant le Maroc interroge. De l’Algérie au Polisario, en passant par la crise de Sebta, les mêmes voix semblent souvent absentes lorsque le Royaume est directement pris pour cible.

Il y a des silences qui en disent parfois davantage que les discours. Depuis l’annonce de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, certains n’ont cessé de dénoncer, avec une virulence particulière, le choix diplomatique de Rabat. Mais un examen de leurs prises de position révèle un contraste pour le moins saisissant : cette indignation ne semble pas toujours s’exprimer avec la même vigueur lorsque le Maroc est directement confronté à des actes ou à des discours hostiles.

Lorsque les relations maroco-algériennes se sont fortement dégradées et que les autorités algériennes ont multiplié les déclarations et prises de position hostiles à l’égard du Maroc, ces mêmes voix sont, pour beaucoup, demeurées discrètes. Même silence lors des attaques attribuées aux milices du Polisario contre la ville marocaine de Smara.

La crise de Sebta offre un autre exemple de ce contraste. Alors que le Maroc était confronté à une importante offensive politique et médiatique venue d’Espagne, les condamnations attendues de certains de ses détracteurs de la normalisation ne se sont pas manifestées. Pis encore, certains sont allés jusqu’à multiplier, dans la presse espagnole, les déclarations particulièrement virulentes contre leur propre pays, donnant ainsi des arguments supplémentaires à ceux qui menaient campagne contre Rabat.

Dès lors, une question s’impose : est-ce réellement la normalisation avec Israël qui constitue le cœur de leur opposition ?

La question mérite d’être posée, car si le principe de la normalisation était véritablement la cause première de leur indignation, celle-ci devrait logiquement s’exprimer de manière cohérente face aux différentes alliances et coopérations entretenues par d’autres États arabes et musulmans avec Israël. Or, ce qui frappe ici est moins l’opposition à une politique étrangère particulière que le décalage entre la vigueur des critiques adressées au Maroc et la discrétion observée lorsque celui-ci est confronté à des adversaires déclarés.

C’est précisément ce décalage qui nourrit le débat sur les véritables ressorts de cette contestation. À force de dénoncer systématiquement les choix de Rabat tout en restant silencieux face aux attaques dirigées contre le Royaume, certains donnent le sentiment que leur combat dépasse la seule question de la normalisation.

Le problème ne serait alors plus seulement leur opposition à une orientation diplomatique du Maroc, mais leur rapport même au Maroc.

Car au fond, le véritable révélateur d’un engagement n’est pas seulement la cause que l’on choisit de défendre. C’est aussi la réaction que l’on adopte lorsque son propre pays est attaqué. Et lorsque l’indignation est sélective, lorsque certaines attaques provoquent des cris d’alarme tandis que d’autres sont accueillies par le silence, une interrogation demeure : s’opposer à la normalisation ou s’opposer au Maroc ? C’est dans cette contradiction que réside toute l’ambiguïté du débat.

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